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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 12:52

 

 

19 octobre – 23 décembre 2010

A la MAV (Maison de l’Architecture et de la Ville), Lille

www.mav-ndpc.com

 

Entre art et design, la Maison de l’Architecture et de la Ville à Lille propose une exposition qui regroupe deux domaines artistiques différents et pourtant complémentaires : L’architecture et le graphisme, le design d’espace et de communication.

A travers six thématiques, richement documentées, cette exposition nous permet d’explorer les connexions, de cerner les liens qui existent entre ces deux domaines présentés.

Le foisonnement des documents exposés : revues, photographies, plans, vidéos empêchent peut être le spectateur non initié de comprendre les enjeux mis en avant par l’équipe de la MAV. Il faut dire que c’est la première exposition qui s’aventure dans ce passionnant mélange du ‘signe bâti’ et du ‘signe graphique’.

Extraits de revues d’art spécialisées en graphisme et en architecture, photographies d’espace architectural investi par la signalétique, travail typographique ou vidéos, témoignent des liens étroits qui se tissent entre les disciplines. Les sources d’inspiration sont multiples et les échanges féconds entre les deux disciplines qui ont pour fonction, entre autre,  de créer des signes et du sens dans un univers urbains où l’empilement des signes (affiches, enseignes, couleurs, néons…) donnent le vertige.

Les formes et les structures architecturales sont souvent le point de départ à des expérimentations typographiques et graphiques.

Six pistes d’étude sont proposées par la MAV :

- Graphisme sur l’architecture (Publications consacrées à l’architecture)

- Graphisme vers l’architecture (signalétique directionnelle)

- Graphisme dans l’architecture (lettrage)

- Graphisme autour de l’architecture (Travail d’identité et de communication d’institutions sur l’architecture)

- Graphisme suivant l’architecture (Prégnance d’une architecture sur un travail graphique)

- Graphisme or l’architecture

Les références pour chacune de ces thématiques sont nombreuses et très intéressantes. Deux d’entre elles ont particulièrement retenu mon attention : Graphisme dans l’architecture et Graphisme suivant l’architecture. Le rapport à la géométrie est une constante dans les différentes références proposées. Pour les graphistes, le langage formel se développe à partir des formes et des structures architecturales dont ils reprennent les codes visuels : Le jeu des pleins et des vides, la répétition d’un module, la technique de l’assemblage…

Ces deux thématiques me paraissent complémentaires dans le sens où elles inversent tour à tour le rapport entre graphisme et architecture.

Dans le premier cas c’est le graphisme qui détermine ou influe sur la forme architecturale finale.

La seconde thématique souligne le procédé inverse, c’est la forme architecturale qui va donner naissance au graphisme accompagnant le bâtiment.

Le foisonnement des références m’a rendu difficile le choix des œuvres que j’ai décidé de présenter. Loin du simple constat ou d’une démonstration d’un savoir-faire technique qui peut parfois étouffer l’élan créatif ; les exemples proposés font état d’un réel dialogue entre graphisme et architecture.

Le ‘chapitre’ Graphisme dans l’architecture propose des œuvres qui ont certainement nourri la jeune génération de graphistes et typographes actuels. Comment ne pas rapprocher le pavillon des livres pour la biennale internationale des arts déco à Monza en Italie (1927) de l’artiste futuriste Fortunato Depero, des architectures en typographie de New York du vidéoclip The Child réalisé par le collectif de graphiste H5 (www.h5.fr) ?

Fortunato Depero qualifie son travail d’ «architecture typographique». Les lettres deviennent la structure et les motifs décoratifs du pavillon. On ne peut ignorer ici l’influence des théories futuristes sur son travail : le rapport à la ville, à son tumulte, à la vitesse et aux signes de la cité moderne. La lettre passe du plan au volume et détermine la forme globale du pavillon. L’effet produit est certes très décoratif mais plutôt que d’engager un travail d’enseignes ou de signalétique sur-ajouté au bâtiment, Depero opte pour un texte qui se transforme en un temple dédié au livre.

Le deuxième travail graphique propose la démarche inverse. Le graphiste Pierre di Sciullo joue avec les modules géométriques de l’architecture du CND (Centre National de la Danse) pour créer la typographie de l’enseigne ‘danse’ qui s’érige en haut du bâtiment. Ces ‘lettres qui dansent’ rappellent à la fois la forme architecturale du lieu mais également sa fonction.

Autre démarche, celle des graphistes d’Autobus impérial, Cette fois-ci c’est la typologie du matériau utilisé pour revêtir les parois des Bains des docks au Havre qui va servir de base pour créer une typographie pour la signalétique du lieu.

La simplicité est de mise mais le résultat est efficace. Les graphistes se sont servis des formes géométriques dessinées par l’assemblage des carreaux de faïence pour intégrer directement les textes directionnels.

La deuxième thématique Graphisme suivant l’architecture,  montre que c’est l’enveloppe du bâtiment, son aspect général qui sert de source d’inspiration aux graphistes. Deux exemples emblématiques, parmi tous ceux présentés par la MAV, peuvent être cités. Le logo du centre Pompidou réalisé par Jean Widmer en 1977. Par la simplification des formes et le traitement en noir et blanc, Widmer crée un logo qui a fort impact visuel qui rappelle l’architecture du centre.

Stefan Sagmeister reprend ce procédé pour créer l’identité visuelle de la Casa da Musica de Porto. La forme de l’architecture peut se transformer en symbole d’une institution culturelle. La casa da Musica de Porto, imaginée par l’architecte et théoricien Rem Koolhaas a une forme très particulière et tranche avec un univers urbain peu fantaisiste. Au départ Stefan Sagmeister refuse la facilité et rejette l’idée de prendre la forme architecturale comme logo. Après réflexion, il décide de réduire la forme architecturale à l’essentiel et de la décliner en six logos faisant écho aux six façades du bâtiment. Le résultat est tout à fait probant et montre encore une fois les liaisons qui se créent entre formes architecturales et graphisme.

 

Au travers de ces quelques exemples, on constate aisément que les frontières entre arts plastiques et arts appliqués sont de plus en plus poreuses. Ce dialogue incessant entre différents domaines et différents médiums permet de penser la forme artistique dans sa globalité et remet au goût du jour l’utopie d’un art total initiée par De Stijl ou le Bauhaus.

Au-delà du simple constat formel, la relation entre graphisme et architecture permet de repenser le signe dans la ville. Comment se faire voir dans une société de plus en plus urbanisée remplie de signes et de symboles ? Ces expérimentations permettent de créer de nouveaux repères et un nouveau langage dans la ville qui échappent aux signes commerciaux et introduisent un peu de poésie dans les milieux urbains.

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